Deux

Ma Femme, ma Dame, mon Epouse. Si mon être est cette unité étrange et massive que je visite au gré du temps de mes souvenirs, je m’attarde parfois en ce lieu aride de ton espoir, de ton attente, de ta certitude. J’y vais pour me parler au passé, rassurer de ma confiance présente les plaies vives des chemins sans issues, les obscurs tâtonnements, l’éternel silence qui précéda la note. J’existe à cet instant en esprit à côté de moi, là-bas où tu m’ouvris ta porte d’une robe dorée, un dragon brodé sur fond carmin, un regard azuré, un sourire en coin.  J’existe en âme à côté de toi, là-bas dans la douceur de ton onde, je t’y souffle mon amour au présent, la nécessité de nos moments, les rires de nos enfants. Je t’y murmure nos silences, nos soupirs de détresse, le pouvoir de nos caresses, la connivence de nos mains dans la liesse. La foudre n’est pas un coup, c’est une lumière qui éclaire un caillou dans une flaque, et qui, la vague passée, sauve celui qui allait s’y noyer.

Je pense : Je n’ai pas besoin de l’éternité pour exister, juste de t’aimer.