Tuyau

Je lis : « Conduit acoustique : Lorsque les ondes sonores sont guidées par un tuyau rigide, l’énergie sonore injectée à l’une des extrémités du tuyau ne peut pas se disperser, et se retrouve à l’autre extrémité concentrée sur une surface identique. »

Je pense à ces bateaux, un capitaine hurlant dans un tube de cuivre courbé. Je m’imagine dans une prison entendre les sanglots anonymes des gaines de ventilations. Je me revois enfant faire des sons étranges dans un tuyau d’arrosage avec, à l’autre bout, l’oreille d’un ami, un frère, une sœur ou un cousin. J’entends encore nos rires, je ressens encore nos joies.

Mais cette joie qui rayonnait hier, comment peut-elle me parvenir maintenant si ce n’est à travers le temps, de moi à moi, par la magie d’un souvenir ? Et là-bas, ai-je perçu sans le savoir le plaisir possible de cet instant, ma nostalgie ravie et mes encouragements ?

Je reviens en enfance : « sur une surface identique »

Entier

Qu’il est difficile de saisir plutôt que de comprendre.

Si j’ai compris que le temps est une dimension, qu’il est ardu de l’intégrer dans mes perceptions. Je fais l’effort, j’imagine et retranche : cet arbre n’est pas une perception immédiate de son existence en cet instant, je dois lutter pour le réintégré comme une existence qui déborde d’hier jusqu’à jadis et dans ce présent qui continue, par petits pas de futurs. Il est plus que maintenant. Ce n’est pas l’imaginer petit, grandissant ou même graine, c’est valider que son existence pure dépasse la perception de l’instant, que son volume n’est plus uniquement ces 3 dimensions, qu’il y en a une quatrième qui dit son passé sans le dévoiler. Il s’agit d’une phénoménologie de l’être et du temps.

Cela change tout.

Je pense : Les êtres ne sont pas des étincelles, mais des comètes dont la traîne commence à leur naissance, des rubans dorés et flamboyants.